Messe chrismale du mardi 16 avril 2019
                                                           Cathédrale d’EMBRUN
INTRO à la MESSE
L’incendie de Notre-Dame de Paris hier soir donne un relief particulier à notre Semaine Sainte. Cette cathédrale est si importante pour les catholiques, et pour tous les Français.
Mentionnons seulement le Te Deum de la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Ce que des siècles de guerre n’a pas fait, un incendie de chantier l’a fait. Petite consolation, les statues des 12 apôtres et des 4 évangélistes qui étaient sur la flèche ont été décrochées jeudi dernier. Autre consolation la relique la plus importante en France, la Ste Couronne d’épine du Christ a été sauvée.
Cela nous ramène à la Semaine Sainte. Nous savons que le Vendredi saint, la mort de Jésus, n’a pas le dernier mot. La nuit de Pâques, il est ressuscité.
Cette messe chrismale qui alterne entre les deux cathédrales de Gap et d’Embrun nous réunit, prêtres, diacres, en présence de nombreux chrétiens, pour renouveler les promesses de nos ordinations et pour la bénédiction des Saintes Huiles, dont seront marqués les baptisés de la nuit de Pâques. Ces Saintes huiles, c’est en quelque sorte la promesse de la Résurrection. Entrons avec confiance dans cette célébration.
Homélie mardi 16 avril 2019
Mgr Xavier Malle – Cathédrale d’EMBRUN – Messe Chrismale
Frères et soeurs, malgré l’émotion qui nous étreint tous depuis hier soir, j’ai fait le choix de garder l’homélie que j’avais écrite pendant ma retraite annuelle la semaine dernière. Il y est finalement question de Vendredi Saint et de jour de Pâques, de mort et de résurrection, d’effondrement et de reconstruction. Cette semaine, nous suivons Jésus dans sa Passion, jusqu’à sa Résurrection.
Dans un premier temps, je vais souligner que nous célébrons cette messe Chrismale 2019 alors même que notre ministère sacerdotal est abîmé, voire remis en cause par certains.
Puis dans un second temps, je veux réaffirmer, avec force, la beauté de notre vie de prêtre.
Enfin, je proposerai quelques préalables pour que nous puissions être renouvelés et
renforcés dans notre sacerdoce. Car cette messe est celle où nous devons redire les promesses de notre ordination. Nos frères diacres nous ont montré la voie, en renouvelant leurs engagements pris lors de leur ordination diaconale, rappelant à tous les chrétiens, et aussi à nous prêtres, que nous sommes les serviteurs de cette mission salvifique de Jésus.
I. Dans un premier temps, je souligne le contexte pour notre église de cette
messe Chrismale 2019
« Comment notre monde a cessé d’être chrétien ». C’est le titre d’un livre qui a
marqué l’année 2018, de l’historien Guillaume Cuchet. Son sous-titre est aussi
évocateur : « Anatomie d’un effondrement. »
Nous cumulons cette année les signes visibles de cet effondrement de l’Eglise en
France, par exemple les difficultés dans tous les diocèses de réaliser des
changements de nominations pour les prêtres, ou la crise financière importante de
nombreux diocèses, dont le nôtre ; nous cumulons ces signes d’effondrement avec
la crise de la pédocriminalité, qui, si elle touche toute la société, affecte dramatiquement notre Église, et les révélations concernant des abus sur des religieuses. Nous venons de vivre un Carême éprouvant. Sur le fonds de cette crise, je vous renvoie à ma lettre pastorale d’octobre dernier intitulée « Pour une église déterminée ». Notre si beau ministère sacerdotal et aussi, chers frères diacres, notre si beau ministère diaconal sont discrédités par les actes criminels de certains qui
ont reçu la même onction que nous.
Les mesures de prévention et de tolérance zéro que notre Église a mis en place, à tous les niveaux, international, national et diocésain, sont indispensables, mais ne suffiront pas à rétablir la confiance. L’intellectuel Jean Duchesne, disait dernièrement : « C’est plutôt en redécouvrant à quoi servent les « hommes de Dieu », et en faisant savoir qu’ils sont encore plus nécessaires qu’utiles. »
Car le drame, c’est que si le prêtre est déconsidéré, on ne sait plus alors ce qu’est un prêtre, quelle est sa mission dans le plan divin du Salut. Nous-mêmes pouvons perdre le sens de notre vie.
Dans la Synagogue de Nazareth, Jésus en disant : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture », reprends à son compte la prophétie d’Isaïe : « Le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération… » Ses auditeurs savaient bien que c’est au-delà d’une mission sociale, mais que Jésus annonçait les temps messianiques et qu’il était le Messie, le sauveur. Que ses nombreux miracles seront la partie émergée de l’iceberg du salut éternel.
Frères prêtres, nous expérimentons que nous sommes au delà de l’utilité sociétale, enterrer les morts, soutenir les pauvres et visiter les malades,… choses que toute personne humaine devrait et peut faire. Ce qui est spécifique au prêtre, ce qui le rend nécessaire, c’est qu’il actualise le sacerdoce de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et son sacerdoce est une louange du Père pour le salut du Monde : « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde » comme nous aimons proclamer dans la 3ème Prière Eucharistique.
Certains -même pensant bien faire- finissent par instrumentaliser le drame de la pédocriminalité pour remettre en cause la figure du sacerdoce ministériel. Par exemple pour « rebâtir l’Eglise », certains proposent que l’on puisse être prêtre pour une partie de notre vie ! Mais Jésus n’a pas été le grand prêtre pour une partie de sa vie ; il l’a été toute sa vie, et il a donné toute sa vie.
D’autres affirment que l’Eglise n’a pas besoin des prêtres, qu’il faut imaginer une Eglise sans prêtres. La réponse du Pape est au §275 de son exhortation « Il vit, le Christ », Christus Vivit, adressée aux jeunes : « Le Seigneur ne peut pas manquer à sa promesse de ne pas laisser l’Eglise privée de pasteurs sans lesquels elle ne pourrait pas vivre et réaliser sa mission. Et si certains prêtres ne donnent pas un bon témoignage, ce n’est pas pour cela que le Seigneur cesse d’appeler. Au contraire, il double la mise, parce qu’il ne cesse pas de prendre soin de son Église bien
aimée ».
Alors frères et sœurs, continuons à relayer l’appel du Christ au ministère sacerdotal ; Car, comme dit le pape au §276 : « Sois certain que, si tu reconnais un appel de Dieu et que tu le suis, ce sera ce qui te comblera. »
Je souhaite, ce soir, vous assurer qu’il n’est pas question de brader le sacerdoce ministériel sous la pression des médias !
II. Je souhaite même dans un second temps réaffirmer avec foi la beauté de
notre vie de prêtre, de part son lien avec le sacerdoce du Christ.
On ne peut pas brader celle-ci car les caractéristiques du ministère presbytéral sont ancrées dans le sacerdoce de Jésus-Christ. Oui, au beau milieu de la crise que nous connaissons, j’affirme fortement la nécessité et la beauté du sacerdoce ministériel. La beauté de notre vie de prêtre. Elle n’est pas facile, mais elle est belle et féconde. Tant de nos paroissiens nous le témoignent. C’est avec confiance, en Jésus qui nous a appelés, que nous allons renouveler les engagements pris lors de notre ordination.
Notre ministère sacerdotal est nécessaire, car « au cœur de la vie du prêtre, il y a l’amour de Jésus pour son peuple » (BIS). C’est parce que Jésus vous aime frères et sœurs baptisés, que le jeudi saint Il a confié son sacerdoce à ses Apôtres et déjà, par anticipation, à chacun d’entre nous prêtres.
Le prêtre est pour les fidèles, et il est aussi avec eux un fidèle du Christ. Frères prêtres, nous l’expérimentons : Jésus est la source et le cœur de notre ministère presbytéral.
Reprenons le titre que le Pape a donné à son exhortation aux jeunes : « Il vit, le Christ ! », comme en écho aux paroles de Jésus dans le livre de l’Apocalypse, notre seconde lecture : « Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga… Celui qui est, qui était et qui vient, le souverain de l’univers. »
Si je peux suivre Jésus, si je peux entrer dans son imitation, si je peux, comme prêtre, agir en son nom et en sa personne, c’est parce qu’Il vit aujourd’hui comme Fils de Dieu, et qu’Il offre le salut à qui l’accueille. Lui même nous dit en Saint Jean chapitre 8 : « Si vous ne croyez pas que moi JE SUIS, vous mourrez dans vos péchés. » C’est en Jésus vivant, et en lui seul que se trouve la raison d’être de notre vie sacerdotale, de notre art de vivre sacerdotal, ainsi de notre célibat consacré. On
comprend alors pourquoi la semaine Sainte et la fête de Pâques sont le sommet de notre vie liturgique, pour tous les chrétiens et particulièrement pour nous prêtres. Si au sommet de notre foi chrétienne,  il y a le visage du crucifié et du ressuscité, on mesure l’importance de ceux qui sont la médiation de l’unique médiateur du Salut.
Le prêtre est au service du dialogue entre le Ciel et la terre. Par nous prêtres, Jésus offre le salut au monde.
Le pape Benoit XVI, lors de son dernier voyage à Paris en 2008, s’adressait ainsi aux fidèles réunis pour une messe au Trocadéro : « Rien ne remplacera jamais le ministère des prêtres au cœur de l’Eglise, rien ne remplacera jamais une Messe pour le Salut du monde ! »
Merci, frères prêtres, pour vos vies données ; merci pour votre témoignage, votre
confiance, votre fraternité.
Ce soir, à l’offertoire, un peu comme les rois mages, ici vénérés à ND du Real d’Embrun, nous apporterons tous les actes de notre ministère de cette année : tous les sacrements célébrés, toutes les homélies prononcées, tous les malades visités, toutes les personnes rencontrées, etc. Nous apporterons également nos pauvretés et même les délits et crimes de certains de nos frères prêtres et diacres, comme nous l’avons fait le 8 décembre dernier lors d’une célébration de pénitence au sanctuaire du Laus. Oui, nous apporterons notre humiliation, notre souffrance et
celle des victimes.
III. J’en arrive à ma troisième étape : si notre sacerdoce, même abimé est beau,
comment être renouvelé dans ce don qui nous est fait, comment renouveler le
don de notre vie en retour ? Je vous propose trois préalables.
Il est d’abord important que nous puissions avoir des lieux de dialogue et d’échange en vérité. Qu’est-ce que cette crise fait bouger comme lignes en moi ? Dans mon ministère, dans ma vision de ma vocation de prêtre ?
Parmi les lieux d’écoute et de partage, il y a notre accompagnement spirituel, et, c’est en ces circonstances qu’on mesure combien il est précieux d’en avoir un. Il y a aussi les doyennés, et je vous invite à partager en profondeur en doyenné, qui ne peuvent être seulement des réunions d’agenda ou des agapes fraternelles. Enfin il y a aussi l’écoute de votre évêque. Après avoir entendu les échanges du conseil presbytéral et les remontées de vos échanges en doyenné, dans les semaines et mois à venir, en raison des circonstances présentes, je vais faire un second tour de rencontres avec chacun d’entre vous, chers frères prêtres, individuellement.
En parallèle, nous allons mettre en place des réunions d’échange avec tous les chrétiens qui le souhaiteraient, par doyenné. La question sera la même : « comment vivez-vous dans votre vie humaine, dans votre vie spirituelle, dans votre relation avec Jésus, ce moment actuel de la vie de l’Eglise ? »
Ensuite, et c’est le second préalable, je vous invite à reprendre les textes fondamentaux du Concile Vatican II sur le prêtre : Lumen Gentium et Presbyterorum Ordinis, ainsi que l’encyclique de saint Jean-Paul II Pastores Dabo Vobis. Moins notre ministère sacerdotal est compris, plus il est important que, par l’étude, nous puissions rendre compte de ce don que nous avons reçu, pour mettre des mots sur ce que nous vivons quotidiennement, mettre des mots sur le témoignage
que nos paroissiens nous renvoie de nous-mêmes. Enfin, je vous propose un troisième préalable dans votre temps de prière, dans votre retraite annuelle : une relecture du point de vue de Dieu des temps présents. Qu’est-ce que Dieu veut nous dire ? Qu’est-ce que Dieu est en train de faire ?
A ceux qui voudraient qu’on tourne la page des abus, qu’on n’en parle plus, je dis que je les comprends et que j’aimerai aussi, mais qu’il nous faut prendre conscience que nous vivons un moment important, que les historiens reliront par la suite comme une période charnière. Il y aura un avant et un après. Soyons certains, comme l’a dit récemment le Pape François : « Dieu n’abandonne  pas son Église ; Il la purifie. » Il la purifie par l’humiliation de chacun de nous à
l’occasion de cette crise, mais aussi par son appauvrissement en moyens humains et financiers.
Mgr Eric de Moulin Beaufort, notre nouveau Président de la Conférence Episcopale de France écrit dans un article : « Je crois profondément que ces révélations sont un don de la miséricorde de Dieu qui nous avertit de ce que nos fonctionnements ecclésiaux pouvaient éventuellement (éventuellement, pas toujours, pas partout, …) cacher et qui nous aide ainsi à un comportement meilleur, plus éclairé, moins naïf. » Il poursuit : « Nous sommes dans une phase d’émondage, de mise à l’épreuve, de transformations. Nous la traverserons si nous osons croire que le Seigneur ne nous abandonne pas et qu’il vaut la peine d’avancer sur ses chemins comme nous le pouvons. » Fin de citations.
Oui, dans ce que nous vivons, il y est bien question de Vendredi Saint et de jour de Pâques, de mort et de résurrection, d’effondrement et de reconstruction.
Marie, ND du Laus, ND du Real, refuge des pécheurs et mère de l’Espérance, venez à notre aide, protégez-nous de votre manteau maternel, assistez-nous. Intercédez pour que nous soyons renouvelés, prêtres et diacres, dans la grâce de notre ordination, pour qu’à la suite des apôtres, chaque cité, chaque habitant de notre diocèse soit illuminé par la foi en Jésus Ressuscité.
« Il vit, le Christ ».
Amen !