Le Saint du mois     

Joséphine Bakhita  (1869-1947)
Religieuse soudanaise
(Fête le 8 février)

                                                                                                                            

 Giuseppina Bakhita naquit en 1869 au Soudan, à Olgossa (province du Darfour), au sein de la tribu nubienne des Dajo. Sa famille était composée de quatre sœurs et de trois frères ; elle n’a que cinq ans lorsque, en 1874, sa sœur Kishmet est enlevée sous ses yeux par des trafiquants d’esclaves. À son tour, à neuf ans, elle est la victime de négriers musulmans qui la vendent et la revendent plusieurs fois, sur les marchés d’El Obeid et de Khartoum, en lui infligeant de mauvais traitements. Le choc psychologique est si fort qu’elle en oublie son premier nom. On lui donne alors le nom de Bakhita « la chanceuse » en arabe Elle appartient quelques années à un général turc qui lui fait subir de cruelles scarifications, avant de décider de la vendre, avec tous ses esclaves, au début de la guerre des mahdistes. Bakhita est alors acquise par le consul d’Italie à Khartoum, Calisto Legnani, en 1883. Elle a 14 ans et sa vie change alors radicalement : « Le nouveau maître était assez bon et il se prit d’affection pour moi. Je n’eus plus de réprimandes, de coups, de châtiments, de sorte que, devant tout cela, j’hésitais encore à croire à tant de paix et de tranquillité ».

Le 9 janvier 1890, à 21 ans, Bakhita est baptisée par le cardinal archevêque de Venise, Monseigneur Domenico Agostini, et reçoit le sacrement de Confirmation.  Elle aimait à baiser les fonts baptismaux en déclarant : « Ici, je suis devenue fille de Dieu ». Trois ans plus tard, elle demande à devenir religieuse et, le 7 décembre 1893, elle rejoint le noviciat des Sœurs de la Charité à l’institut de catéchuménat de Venise. À son entrée, la sœur supérieure, Anna Previtali, lui dit : « Ni la couleur de la peau, ni la position sociale ne sont des obstacles pour devenir sœur ». Ceux qui lui étaient proches et l’estimaient l’appelaient « La Mère Noire ».

Dans une réunion de jeunes, un étudiant de Bologne lui demanda : « Que feriez-vous si vous rencontriez vos ravisseurs ? » Sans hésiter un seul instant, elle répondit : « Si je rencontrais ces négriers qui m’ont enlevée et ceux-là qui m’ont torturée, je m’agenouillerais pour leur baiser les mains, car si cela ne fût pas arrivé, je ne serais pas maintenant chrétienne et religieuse ». Interrogée sur le même sujet, elle bénissait non seulement la médiation providentielle dans les mains de Dieu, mais les excusait également en ces termes : « Les pauvres, peut être ne savaient-ils pas qu’ils me faisaient si mal ; ils étaient les maîtres, moi j’étais leur esclave. De même que nous sommes habitués à faire le bien, ainsi les négriers faisaient cela par habitude, non par méchanceté ». Dans ses souffrances, elle ne se plaignait pas, elle se souvenait de tout ce qu’elle avait souffert quand elle était esclave : « En ce temps-là, je ne connaissais pas le Seigneur ; j’ai perdu beaucoup de mérites, il faut que je les gagne maintenant… Si je me tenais à genoux pendant toute la vie, je ne dirais jamais assez toute ma gratitude au bon Dieu ». 

Un prêtre, pour la mettre à l’épreuve, lui demanda : « Si le Seigneur ne vous voulait pas au paradis, que feriez­ vous ? » Elle répondit tranquillement : « Eh bien, qu’il me mette où il veut. Quand je suis avec Lui et où Lui le veut, je suis bien partout : c’est Lui le Maître, moi je suis sa pauvre créature ». À d’autres, qui l’interrogeaient sur son histoire, elle répondit :  « Le Seigneur m’a aimée beaucoup… il faut aimer tout le monde… il faut être indulgent ! » « Aussi envers ceux qui vous ont torturée ? » – « Pauvres, ils ne connaissaient pas le Seigneur ». Interrogée sur la mort, avec un esprit serein elle répondit. « Lorsqu’une personne aime beaucoup une autre, elle désire ardemment l’approcher, donc pourquoi craindre tellement la mort ? La mort nous emmène à Dieu ». Après une longue et douloureuse maladie, et une pénible agonie qui lui faisait revivre les jours de son esclavage, elle murmurait : « Lâchez mes chaînes, elles me font mal ».

Elle s’éteint le 8 février 1947 à Schio, en Italie, en invoquant : « Notre Dame ! Notre Dame ! ». Béatifiée le 17 mai 1992, elle est déclarée sainte le 1er octobre 2000 par Jean Paul II. Le pape dira à cette occasion : « Cette sainte fille d’Afrique montre qu’elle était véritablement une enfant de Dieu ; l’amour et le pardon de Dieu sont des réalités tangibles qui transformaient sa vie de façon extraordi-naire ».

L’essentiel de Sainte Joséphine Bakhita:

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville de Schio est menacée de bombar-dements. Aux Sœurs qui l’invitent à se réfugier dans le souterrain de la maison, elle répond : « Non, je n’ai pas peur, je suis dans les mains de Dieu. Il m’a libérée des mains des lions, des tigres et des panthères, ne voulez-vous pas qu’il me sauve aussi des bombes ? ». En 1950, trois ans seulement après sa mort, le bulletin canossien publie six pages de noms de personnes attestant avoir reçu des grâces par l’intercession de Bakhita.

Pensée spirituelle de Sainte Joséphine Bakhita:

(…) Au ciel j’irai avec Jésus et j’obtiendrai beaucoup de grâces. Je viendrai te visiter dans tes rêves si le « Patron » me le permet. Au paradis j’aurai du pouvoir et j’obtiendrai pour tous beaucoup de grâces.

Courte prière de Sainte Joséphine Bakhita:

« Ô Seigneur, si je pouvais voler là-bas, auprès de mes gens et prêcher à tous à grands cris ta bonté : Ô, combien d’âmes je pourrais te conquérir ! Tout d’abord ma mère et mon père, mes frères, ma sœur encore esclave… tous ; tous les pauvres Noirs de l’Afrique, fais, Ô Jésus, qu’eux aussi te connaissent et t’aiment ! »

 

Gaëtan de Salvatore-R

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