An neuf ! Année nouvelle ! Une page blanche s’ouvre à nous. Où donc est la nouveauté de cette année ? Nous en rêvons et nos vœux fusent. Ces derniers peuvent se réduire au protocole, année après année. Nous y tenons. Tous mes meilleurs vœux ! Et surtout bonne santé ! En effet que pourrions-nous faire et vivre de bon si la santé n’est pas au rendez-vous ?

De quoi rêvons-nous puisque l’expérience montre que la souffrance ne nous sera pas épargnée. Attentats, chocs des populations, guerre meurtrière et guerre économique, maladies en tout genre, et, irrémédiablement, le vieillissement de notre corps. Conjurons-nous le sort par nos vœux ? De quoi rêvons-nous vraiment ? Le cœur de l’homme est tenace. Il ne peut se résoudre aux malheurs. Il n’est pas fait pour cela. Nous avons besoin de rêve, d’espérance plus encore. Qui nous donnera une réponse à la hauteur de notre attente ? L’ONU, les ONG, les accords internationaux ? Qui nous donnera la vraie paix, le Shalom qui ouvrira notre être et toutes nos relations à la plénitude physique et spirituelle à laquelle nous aspirons tous ?
Il est venu le Prince de la paix. « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné. »
La paix, avant d’être un effort à construire, est un don. « Recherche la paix et poursuis-la. » La voici la paix des hommes offerte à tous : l’Enfant de Bethléem…

La paix est d’abord à gagner en chacun de nos cœurs car toute guerre vient du cœur de l’homme. Si mon cœur n’est pas sauvé de ses égoïsmes, de ses envies d’être au-dessus des autres, admirés et en première ligne d’observation, de réussir au détriment des autres, voire sur leur dos, à quoi bon nos efforts pour la paix qu’ils soient régionaux ou internationaux.
Si l’Enfant de Bethléem est Le Prince de la paix, c’est qu’il me faut lui faire de la place au plus intime de mon être et de tout ce qui me structure. Que je le laisse habiter chez moi ! Qu’il trouve place en moi pour sauver et guérir tout ce qu’il y a à assainir. Or, « il faut sauver Dieu de nous même ». Rien de plus fragile qu’un enfant dans le sein de sa mère ou entre les bras de son père. S’en occuper trop, c’est l’étouffer. Le négliger, c’est le tuer. L’enfant nous guiderait-il à notre insu ? Reconnaître le besoin d’être sauvé par l’Enfant Jésus, c’est confesser son nom dans ma vie concrète : Emmanuel, Dieu avec nous, Sauveur. C’est respecter la loi naturelle inscrite au fond du cœur de l’homme et accueillir la loi divine de la révélation qui vient la mettre à jour autant que l’accomplir. L’homme ne s’invente pas. Il ne peut être augmenté. Il doit être délivré de lui-même. Il est une œuvre sacrée sortie des mains du Créateur appelée à répondre en alliance d’amour à celui qui l’a créé selon la loi révélée à Moïse, aujourd’hui incarnée en Jésus Christ.

Conséquence irrémédiable, c’est que je ne suis le sauveur ni de moi-même, ni des autres. La paix ne s’établira pas à l’aune du nombre de mes activités ou de mes efforts à bâtir un monde plus juste et fraternel. Certes, il faudra passer par là. Mais là n’est pas la priorité des priorités. L’Enfant de Bethléem a créé nos admirables montagnes, les profondeurs des abîmes et la richesse de toute la création en son extrême diversité. Le moindre petit poisson de la mer, cependant, lui rend gloire plus magnifiquement que moi quand je prie à la sauvette pour courir à mes sérieuses activités, surtout religieuses ! Le petit enfant de la crèche accepte les limites d’une vie d’homme, d’une santé d’homme, d’une famille humaine et du plus petit pays de la planète. « Je suis venu seulement pour les brebis perdues d’Israël. » Il nous appellera à être Marie avant d’être Marthe, sans oublier d’être au service de nos frères. L’Emmanuel nous reproche d’être « tiraillé » dans notre cœur, signal de l’importance que nous donnons à nos activités au détriment de l’écoute de sa Parole d’amour. « Marie a choisi la meilleure part. Elle ne lui sera pas enlevée. »
« Recherche la paix et poursuis-la » chante le psalmiste. Ce qui a fait dire à saint Séraphin de Sarov : « Trouve la paix et des milliers autour de toi trouveront le salut. »
La paix grandira entre nous à l‘exacte mesure de l’accueil en ma vie du Prince de la paix, l’Enfant de la crèche. Si je ne deviens pas enfant avec Lui et par Lui pour entrer au Royaume de sa paix, les royaumes de notre terre ne seront jamais en paix. « Ma vie vaudra ce que vaut mon oraison » enseigne Marthe Robin.
« Que le Seigneur te bénisse et te garde. Qu’il te montre sa face et te prenne en pitié. Que le Seigneur tourne vers toi son visage et te donne la paix. » Telle est la bénédiction du livre des Nombres offerte par la liturgie du 1° Janvier, fête de Marie, Mère de Dieu.
Ô Vierge Marie, viens nous apprendre à être enfant avec ton Enfant, Jésus prince de la Paix. Sois notre Mère pour que notre vie offre la Paix au monde.