Saint Jérôme (347- 420 ?) Docteur de l’Église.

(Fête le 30 septembre).

« Hierônumos en grec (« celui dont le nom est sacré ») ; Hieronymus en latin, fils d’Eusèbe, je naquis à Stridon, ville maintenant détruite par les Goths, mais qui se situait alors aux confins de la Dalmatie et de la Pannonie (Hongrie) », écrit saint Jérôme en 392, à la dernière page du De viris illustribus. Il ajoute :

« Je suis né chrétien, de parents chrétiens. Dès le berceau, je fus nourri du lait catholique. » Il dit encore de lui-même : « Je suis à la fois philosophe, rhéteur, grammairien, dialecticien, expert en hébreu, grec et latin. » Il fut aussi un polémiste redoutable, parfois injuste, tel ce jour où il invectiva saint Augustin, son cadet d’à peine cinq ans : « Écoute mon conseil, jeune homme : ne viens pas, dans l’arène des Écritures, provoquer un vieillard ! Tu troubles mon silence. Tu fais la roue avec ta science. » Il étudia à Milan, puis à Rome où il suivit les cours du célèbre grammairien Aelius Donatus. Élève doué mais difficile et facétieux, Jérôme respira les parfums de cette ville puissante, maîtresse du monde, alors gouvernée par Julien l’Apostat. Admirateur de Cicéron, il déclamait les grands plaidoyers, les exordes sonores qui lui servirent lors d’un stage auprès des tribunaux. Il se lia avec Bonose et Rufin, deux compagnons d’étude. Il reçut le baptême en 366, sans doute des mains du pape Libère. Hébergé par son ami Bonose, Jérôme séjourna d’abord à Trèves, résidence impériale de Valentinien Ier, où il approfondit la théologie ; en 373, il était à Aquilée, centre économique et littéraire, où, avec Rufin et Bonose, il fonda une académie sous l’égide de l’évêque Chromatius ; « Les clercs d’Aquilée forment comme un chœur de bienheureux », dira-t-il dans la Chronique. Quand, pour d’obscures raisons, le groupe se disloqua, Jérôme partit à Antioche de Syrie où, un jour du carême 375, il tomba si gravement malade qu’on le crut aux portes de la mort. Rétabli mais sans cesse taraudé par ses fautes passées, il se retira dans la solitude de Chalcis, au sud de Beroea (Alep) ; il s’imposait une rude ascèse mais, tout en s’adonnant à l’étude du grec et de l’hébreu. « Combien de fois, installé au désert, en cette vaste solitude torréfiée d’un ardent soleil, affreux habitat offert aux moines, je me suis cru mêlé aux plaisirs de Rome ! …  Les jeûnes avaient pâli mon visage, mais les désirs enflammaient mon esprit, le corps restant glacé. Devant ce pauvre homme déjà moins chair vivante que cadavre, grondaient seulement les incendies de la volupté. » (Lettre CCXXVII, à Eustochium).

Dans sa solitude, les âpres controverses sur la Trinité ne manquèrent pas de lui parvenir ; il écrivit par deux fois au pape Damase, sans en recevoir la moindre réponse. Pour accepter d’être ordonné prêtre par Paulin d’Antioche, en 378, Jérôme, soucieux de son indépendance, avait posé deux conditions aussi singulières que paradoxales : ne pas être astreint aux fonctions ministérielles pastorales et demeurer libre de ses mouvements. Cependant, se jugeant indigne de monter à l’autel, il ne célébra jamais la messe. En 379, il partit auprès de saint Grégoire de Nazianze qui réorganisait l’Église de Constantinople.

Jérôme traduisit et compléta la Chronique d’Eusèbe de Césarée et les Homélies d’Origène. Epiphane de Salamine et Paulin d’Antioche, convoqués à Rome pour un concile sur les affaires d’Orient, emmenèrent Jérôme qu’ils présentèrent au Pape Damase (382). Celui-ci vit tout le parti qu’il pouvait tirer de ce moine érudit, en provenance de Constantinople qui venait de lui dédier une traduction des Deux homélies d’Origène sur le Cantique ; il l’engagea comme conseiller pour les affaires d’Orient et consulteur biblique. Il l’encouragea à entreprendre une nouvelle traduction latine des textes bibliques dans un but pastoral et culturel. Quelques membres de l’aristocratie romaine, spécialement des dames de la noblesse comme Paula, Marcella, Asella, Lea et d’autres, désireuses de s’engager dans la voie de la perfection chrétienne et d’approfondir leur connaissance de la Parole de Dieu, le choisirent comme guide spirituel et maître dans l’approche méthodique des textes sacrés. Ces dames nobles apprirent aussi le grec et l’hébreu.

Après la mort du Pape Damase, Jérôme quitta Rome en 385 et partit en pèlerinage, d’abord vers la Terre Sainte, témoin silencieux de la vie terrestre du Christ, puis vers l’Égypte, terre d’élection de nombreux moines. En 386, il s’arrêta à Bethléem où, grâce à la générosité de dame Paula, furent construits un monastère pour hommes, un autre pour femmes, et un hospice pour les pèlerins venant en Terre Sainte « en souvenir de Marie et de Joseph qui n’avaient pas trouvé où se loger ». Sa préparation littéraire (en 389) et son érudition permirent à Jérôme de réviser et traduire de nombreux textes bibliques : ce fut là une œuvre précieuse pour l’Église latine et pour la culture occidentale. Sur la base des textes originaux en grec et en hébreu, grâce à la confrontation avec les versions antérieures, il réalisa la révision des quatre évangiles en langue latine, puis celle des psaumes et d’une grande partie de l’Ancien Testament. Utilisant l’original hébreu ou grec, les textes de la Septante (traduction grecque classique de l’Ancien Testament remontant aux temps préchrétiens, entre 250 et 130 avant J. C., par les 70 scribes d’Alexandrie) et ceux des versions latines antérieures, Jérôme, bientôt aidé de divers collaborateurs, put présenter une traduction améliorée : elle constitue ce qu’on appelle la Vulgate, qui est le texte « officiel » de l’Église latine, reconnu comme tel par le Concile de Trente et qui, après la récente révision, reste le texte officiel de l’Église de langue latine. Il est intéressant de relever les critères auxquels le grand bibliste obéit dans son travail de traducteur. Il les relève lui-même quand il affirme respecter jusqu’à l’ordre même des mots des Saintes Écritures parce que dit-il, en eux « jusqu’à l’ordre des mots est un mystère », c’est-à-dire une révélation.

Pendant quinze ans, de rudes coups accablèrent le vieil exégète acharné à son travail, bien que souffrant de maux d’estomac. En 410, quand le wisigoth Alaric envahit l’Italie et pilla Rome, le vieux patriote vit, dans ce crépuscule des aigles, l’écroulement d’un monde : « Elle s’est donc éteinte, la lumière la plus brillante de tous les continents. Plus précisément, l’empire vient d’avoir la tête tranchée. Pour dire l’entière vérité : en une ville, c’est l’univers entier qui périt. » (Prologue au commentaire sur Ezéchiel, XXV. 16 a). À partir de la fin de l’année 418, effectivement, et pendant deux ans, Jérôme, d’ordinaire si loquace, se tait. Nous ne savons rien de ses derniers jours, sinon qu’il mourut le 30 septembre en 419 ou en 420, âgé, dit la Chronique de Prosper, de quatre-vingt-onze ans, dans sa cellule toute proche de la grotte de la Nativité à Bethléem.

Son corps a été ramené à Rome, dans la basilique Sainte-Marie-Majeure. Il est docteur de l’Église. C’est le Patron des exégètes et des traducteurs.

L’essentiel de saint Jérôme :

Que pouvons-nous apprendre de saint Jérôme ? Avant tout, ceci, me semble-t-il : aimer la Parole de Dieu dans la Sainte Écriture. Saint Jérôme nous dit : « Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ ». Il est donc important pour tout chrétien de vivre au contact de la Parole de Dieu et en dialogue personnel avec elle, qui nous a été donnée dans la Sainte Écriture. Ce dialogue que nous aurons avec elle doit toujours avoir deux dimensions : d’une part, ce doit être un dialogue réellement personnel, parce que Dieu parle avec chacun de nous au travers de la Sainte Écriture, et il a un message pour chacun. Nous devons lire la Sainte Écriture non pas comme une parole venant du passé, mais comme la Parole de Dieu adressée aussi à nous, et chercher à comprendre ce que le Seigneur veut nous dire à nous. Mais, d’autre part, pour ne pas tomber dans l’individualisme nous devons avoir à l’esprit que la Parole de Dieu ne nous est donnée que pour construire la communion, pour nous unir dans la vérité lors de notre marche vers le véritable Dieu d’amour, notre Père Éternel.

Pensée spirituelle de saint Jérôme :

« Cherchons à apprendre sur Terre ces vérités dont la pertinence persistera encore au ciel »  Courte prière de saint Jérôme :

«Seigneur, préservez ma bouche des paroles vaines et des conversations mondaines.»

Gaëtan de Salvatore