Saint Jean de la Croix 

Confesseur et docteur de l’Église (1542-1591).

(Fête le 10 novembre)

Jean de Yepes naquit en 1542 à Fontiveros, petit village de la Vieille Castille. Ses parents, Gonzalo de Yepes et Catalina Alvarez, étaient très pauvres, car son père, issu d’une famille noble de Tolède, avait été chassé de chez lui et déshérité pour avoir épousé Catalina, une humble tisseuse de soie. Orphelin de père dans son jeune âge, Jean partit à neuf ans avec sa mère et son frère Francisco pour Medina del Campo, non loin de Valladolid, un pôle commercial et culturel, où il apprit à lire et à écrire au collège des Enfants de la Doctrine. Il s’essaya à divers métiers : apprenti charpentier, tailleur, sculpteur sur bois et peintre. Il étudia chez les Jésuites la grammaire et la philosophie, lorsque, à 19 ans, il se fit moine et entra chez les Frères de la Vierge, au couvent Sainte-Anne de Médin, en prenant le nom religieux de Matthias. Il étudia alors la théologie à Salamanque pendant quatre ans. Ordonné prêtre en 1568, il prit le nom de Jean de la Croix, mais, déçu par une vie trop extérieure, il songeait à entrer à la Chartreuse lorsqu’il rencontra Thérèse d’Avila, qui l’intéressa à son projet de restaurer la stricte observance primitive parmi les moines du Carmel, comme elle l’avait fait déjà pour les moniales. Il devint un pilier du nouveau modèle de vie monastique et fut envoyé à trente ans à Avila comme père spirituel du monastère où Thérèse d’Avila était prieure. Ainsi s’établit entre les deux saints une confiante collaboration.

Cinq ans plus tard, les adversaires de la réforme monastique firent enlever Jean de la Croix, qui fut emprisonné à Tolède dans un étroit cachot et soumis à des flagellations quotidiennes. C’est là qu’il composa son merveilleux Cantique spirituel. Au bout de neuf mois, il put s’évader et reprendre sa place parmi ses confrères.

Nommé, à l’âge de quarante ans, prieur du couvent des Martyrs à Grenade, il y composa la plupart de ses œuvres majeures : La Montée du Mont Carmel, La Nuit obscure, Les Cantiques spirituels et La Vive Flamme d’amour. Il fut maître des novices à Pastrana (1570), recteur du collège des étudiants carmes à Alcade de Henares de 1572 à 1577 et dirigea les religieuses du carmel d’Avila. En 1579, il fonda le collège carme de Baeza et, en 1582, fut élu prieur du carmel des Martyrs à Grenade où il travaillait de ses mains à construire un aqueduc et un cloître. Il fut nommé vicaire général de l’Ordre en Andalousie (1585), puis prieur de Ségovie (1588), mais le chapitre général de Madrid ne lui confia aucune charge et l’envoya à Penuela, puis au couvent d’Ubeda. Le vendredi 13 décembre 1591, au milieu de nouvelles persécutions qu’il endura avec une admirable patience, Jean de la Croix, âgé d’à peine quarante-neuf ans, remit son âme au Père en s’endormant dans la paix.

 

L’essentiel de saint Jean de la Croix :

Jean de la Croix fut l’un des plus célèbres théologiens mystiques du 16e siècle et considéré comme l’un des plus importants poètes lyriques de la littérature espagnole. Dans les Cantiques spirituels, il présente le chemin de purification de l’âme, c’est-à-dire la possession progressive et joyeuse de Dieu, jusqu’à ce que l’âme parvienne à sentir qu’elle aime Dieu avec le même amour dont Il l’aime. La Vive Flamme d’amour poursuit dans cette perspective, en décrivant plus en détail l’état de l’union transformante avec Dieu. Le parallèle utilisé par Jean est toujours celui du feu : « de même que le feu, plus il brûle et consume le bois, plus il devient incandescent jusqu’à devenir flamme, ainsi l’Esprit Saint, qui au cours de la nuit obscure purifie et ‘’ nettoie ‘’ l’âme, avec le temps l’illumine et la réchauffe comme si elle était une flamme. » La Montée du Mont Carmel présente l’itinéraire spirituel du point de vue de la purification progressive de l’âme, nécessaire pour gravir le sommet de la perfection chrétienne, symbolisée par le sommet du Mont

Carmel. Cette purification est proposée comme un chemin que l’homme entreprend, en collaborant avec l’action divine, pour libérer l’âme de tout attachement ou lien d’affection contraire à la volonté de Dieu. La purification, qui pour parvenir à l’union d’amour avec Dieu doit être totale, commence par celle de la vie des sens et se poursuit par celle que l’on obtient au moyen des trois vertus théologales : foi, espérance et charité, qui purifient l’intention, la mémoire et la volonté. La nuit obscure décrit l’aspect « passif », c’est-à-dire l’intervention de Dieu dans ce processus de « purification » de l’âme. L’effort humain, en effet, est incapable tout seul d’arriver jusqu’aux racines profondes des inclinations et des mauvaises habitudes de la personne : il peut seulement les freiner, mais non les déraciner complètement. Pour cela, l’action spéciale de Dieu est nécessaire, qui purifie radicalement l’esprit et le dispose à l’union d’amour avec Lui. Saint Jean qualifie de « passive » cette purification, précisément parce que, bien qu’acceptée par l’âme, elle est réalisée par l’action mystérieuse de l’Esprit Saint qui, comme la flamme du feu, consume toute impureté. Dans cet état, l’âme est soumise à tous types d’épreuves, comme si elle se trouvait dans une nuit obscure.

 

Pensée spirituelle de saint Jean de la Croix :

« À la fin du jour, c’est sur l’amour qu’on vous examinera. » (Maxime 80)

 

Courte prière à saint Jean de la Croix :

« Ȏ mystère caché de toute éternité, et que même les Anges ne connaissaient, grâce à toi, ô Mère de Dieu, sur la terre nous fut révélé : Dieu s’incarne sans confondre les deux natures en cette union et librement il a voulu souffrir pour nous sur la croix, pour ressusciter Adam et sauver nos âmes de la mort. »

Gaëtan de Salvatore