Une chose terrible peut arriver : ne plus rien attendre de la vie. Nous voici alors sujet au découragement, à la désespérance. La vie devient triste comme un jour sans soleil, une relation sans amour, un repas sans saveur … Notre société de consommation nous fait attendre le dernier produit à la mode dans sa catégorie. Le travailleur qui n’a plus goût à son ouvrage attend la retraite. Le retraité attend le prochain voyage qui émerveillera la grisaille de son quotidien. Tandis que l’émigré dans nos rues de surabondance attend une maison, une terre, un travail, un cercle familial… Le prisonnier attend sa libération, le malade la guérison…. Vies humaines aux multiples attentes, vies rudes et laborieuses qui poussent à espérer contre toute espérance parce qu’il n’est pas naturel de ne pas attendre pour vivre un mieux, un au-delà du quotidien lequel parfois nous use ou nous abuse. On peut se tromper dans l’objet de son attente, mais il est naturel d’attendre pour vivre et de vivre pour attendre. L’hiver nous plonge dans l’attente du printemps. La liturgie de l’Église en harmonie avec la création nous invite à l’attente du Soleil sans déclin, de la Lumière invaincue qu’est Jésus Christ.

Nos sociétés sécularisées en proie à un athéisme dévorant veulent faire de Noël une simple fête de fin d’année quand ce n’est pas la fête des familles en tout genre. Le laïcisme aura beau faire, Noël reste Noël… Pour nos frères musulmans l’Occident est le monde des chrétiens. Paris est vue comme la capitale de la croix crient les djihadistes après le 13 Novembre 2015… Et même en nos sociétés hyper sécularisées il n’est pas facile d’être athée. L’assassinat du Père Jacquel Amel arrachera à notre président de la République ce cri : toucher à un prêtre c’est toucher à la France. On n’efface pas des siècles de cultures façonnées par la foi chrétienne… Un septénaire d’athéisme d’état n’a pas eu raison du christianisme en Russie. La foi orthodoxe aujourd’hui est incontournable dans la renaissance du pays de Soljenitsyne après la longue nuit d’un humanisme athée, totalitaire et horriblement meurtrier. Noël reste Noël, la date identitaire, le marqueur incontournable de nos sociétés européennes, la date qui marque chez nous le compte du temps….

Noël c’est l’AVENT, adventus en latin veut dire avènement, du Fils de Dieu. Noël c’est Dieu en personne dans notre humanité. Emmanuel, Dieu avec nous, Dieu en nous dans un tout-petit enfant de chez nous, Alliance indissoluble de Dieu et de l’homme. Le Dieu Unique en un unique Enfant de la terre. C’est le Buisson ardent de Moïse qui s’incarne, Feu divin de l’amour Trinitaire dans la terre des hommes. Marie est la terre inviolée où Dieu se fait petit enfant pour que l’homme soit fait Dieu, dira Saint Irénée de Lyon.

Que nous soyons en attente ou en désespérance l’Église nous pousse en ce temps de l’Avent à nous ressourcer. Attente première de la venue du Christ au quotidien, avènement de son amour dans les sacrements, attente de sa venue définitive en nos vies personnelles comme à la fin du temps. Il est venu. Il vient. Il viendra. Pour attendre et vivre cet événement des évènements qui a transformé toute l’histoire du monde, les quatre dimanches de l’Avent déclinent les attitudes fortes du chrétien en attente : Veiller car nous ne savons ni le jour ni l’heure de sa venue. Se convertir pour être prêt à le recevoir. Discerner les signes certains de sa venue et enfin consentir au Seigneur Jésus quand l’heure est accomplie.

Dieu n’a pas fini de nous surprendre d’amour. « Il y quelque chose de pire qu’une âme perverse dit Péguy le poète, c’est une âme habituée. » Veillons pour ne pas entrer dans la tentation du découragement, de l’habitude, ou de la surabondance qui prétendrait combler le creux de nos vies contre ce Dieu Unique qui peut seul combler l’homme en Jésus-Noël, l’Emmanuel seul cadeau qui nous fera vivre en plénitude sur terre et au ciel pour toujours.

 

Père Jean-Dominique